Lundi 18 janvier
On a beaucoup commenté le sondage SOFRES pour Le Monde et France 2, réalisé au début du mois, qui fait apparaître que l’adhésion aux idées du Front national recule par rapport aux enquêtes précédentes.
Qu’il touche aux attitudes racistes, anti-immigrés ou simplement rétrogrades, un tel recul ne peut que nous réjouir, nous qui à la LICRA combattons les idéologies et les préjugés qui favorisent la discrimination. Il témoigne d’une maturation, d’une prise de conscience, qu’on peut espérer durables, dans une partie de la société française, moins portée qu’hier aux fantasmes, plus ouverte à l’appréciation lucide des réalités.
Sans vouloir jouer les rabat-joie devant ces progrès relatifs, je voudrais souligner néanmoins le chemin qu’il reste à parcourir. Ils sont tout de même 44% qui continuent à penser « qu’il y a trop d’immigrés en France », 37% qui estiment « qu’on ne se sent plus chez soi en France », 65% qui considèrent que « l’on ne défend pas assez les valeurs traditionnelles en France », 43% qui estiment qu’on « accorde trop de droits à l’Islam et aux musulmans en France »...
Il ne s’agit pas de diaboliser nos concitoyens qui pensent ainsi. Mais nous avons un gigantesque travail à conduire pour continuer à changer les mentalités, et d’abord pour consolider ces progrès, à la fois modestes et fragiles . Nous ne sommes pas au bout de nos peines.
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE... ET LAICITE
Comme ce fut le cas pour plusieurs générations, mon enfance a été marquée par l’opposition véhémente, agressive, entre le camp des laïcs (que ses adversaires qualifiaient de « laïcards » et présentaient comme sectaires et rétrogrades) et celui des anti-laïques (assimilés à des « culs-bénits », suppôts conservateurs de l’Eglise catholique. Très largement focalisé sur la question scolaire, ce conflit suscitait des prises de positions véhémentes, faisait valser les ministères de la IVème République et déchirait parfois les familles. Ce ne fut pas le cas de la mienne, qui avait vu d’instinct dans la laïcité de notre République une promesse de neutralité, de progrès et d’équité sans équivalent possible dans sa Pologne d’origine...
Plus d’un siècle après la grande loi de séparation des églises et de l’Etat, le climat est heureusement plus serein, mais surtout les termes du débat ne sont plus les mêmes. La question de la laïcité de l’Etat se pose moins par rapport à l’Eglise catholique, très intégrée maintenant à la République, qu’envers de nouveaux acteurs : Islam pour l’essentiel, mais aussi mouvements sectaires. La notion de « communautarisme », peu familière hier, est au centre du débat public. Et il suffit de voyager à travers le monde pour constater que, non seulement le mot « laïcité » est parfois intraduisible localement, mais que la notion de « laïcité à la française » est un concept qui attire ici, qui choque ailleurs, mais qui partout intrigue.
Au moment où le débat sur l’identité nationale dérive, comme on pouvait le craindre, vers une stigmatisation des immigrés et de l’Islam, il m’a semblé utile de revenir sur les liens qu’entretiennent, dans notre pays, laïcité et identité nationale.
Laïcité : un seul terme pour trois dimensions.
La dimension fondatrice est la séparation des églises et de l’Etat, qui chemine lentement dès le Moyen-Age, se manifeste vigoureusement au siècle des Lumières et aboutit en 1905 à la grande loi de séparation des églises et de l’Etat, dominée par la figure de son rapporteur, Aristide Briand. Par cette séparation, l’Etat ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte et s’interdit de s’ingérer dans les affaires des églises qui, inversement, ne se voient plus reconnaître aucun pouvoir sur son action, sinon par la participation à la vie politique de partis (tels la démocratie chrétienne), d’associations ou de personnalités.
Seconde acception : la neutralité scolaire. L’école publique se doit d’être neutre au regard des religions – ou de l’absence de religion. Les écoles privées, pour la plupart confessionnelles, se voient reconnaître la liberté de l’enseignement religieux, mais pour le reste sont soumises au respect du même programme que les autres écoles de la République – ceci est particulièrement important pour l’enseignement de l’histoire, des sciences naturelles, ou pour la culture physique. Dans le même temps, la spécificité de l’enseignement privé est reconnue au niveau des pratiques : ainsi la loi Stasi, qui prohibe le port de signes religieux ostensibles sur le territoire de l’école publique, ne se prononce pas sur cette question dans le cadre des écoles privées.
Enfin, la laïcité organise notre vivre ensemble, à partir d’une idée simple : la croyance est affaire de conscience personnelle et privée, mais la coexistence en société n’a pas à en connaître. Les religions, les croyances philosophiques ou politiques et les identités particulières, qui ont toute leur place dans l’espace privé, n’ont pas à en avoir dans l’espace public.
Autant que nos paysages ou que notre histoire, cette laïcité "à la française ", clé de voûte de notre République, constitue ainsi une partie intégrante de notre identité nationale.
Pas d'identité nationale française sans laïcité
La nation, au sens français du terme, est, selon la forte formule d’Ernest Renan, "un plébiscite de tous les jours", l’expression d’une volonté de vivre ensemble. Le communautarisme résulte, lui, d’une autre logique, celle du vivre-entre-soi, souvent antichambre du vivre-contre. La nation intègre, le communautarisme sépare. La laïcité, qui seule entrave les communautarismes, est la condition de ce vivre ensemble.
Loin d’être réductible à une définition étroite ou à une filiation unique (« nos ancêtres les Gaulois »), la culture nationale prend en compte la variété des richesses humaines de notre pays – religieuses, linguistiques, régionales -, largement issues des vagues d’immigration successives. Sans la tolérance et le respect propres à laïcité, ce « melting pot » ne pourrait fonctionner.
Si la laïcité a pu faire débat hier, d’autres valeurs fondatrices de notre Républiques, que nul ne songerait à contester, ne se sont pas imposées sans mal ni sans luttes. Je ne doute pas que, si la devise de la République devait être réécrite aujourd’hui, cette trilogie – à l’image des Trois Mousquetaires - comporterait quatre éléments : Liberté, Egalité, Fraternité... et Laïcité.
Très distincts à beaucoup d’égard, les deux concepts de laïcité et d’identité nationale entretiennent donc des relations étroites dans notre imaginaire social et dans la pratique de notre vie quotidienne. Pour les faire vivre en harmonie, je crois d’abord au rôle de l'école (grâce notamment à une instruction civique rénovée), sans exclure celui d’un éventuel service civique. Et c’est en laïc convaincu et résolu que je souhaite également l’enseignement de la diversité et du fait religieux dans les écoles et collèges car, dans une société pluri-culturelle, l’ignorance des autres croyances produit l’incompréhension et, pire, le mépris et le rejet de l’autre.
Jeudi 24 décembre
Je reviens sur le « grand débat sur l’identité nationale », déjà évoqué dans mon blog du 4 décembre.
Les sondages nous indiquent qu’à peine celui-ci a-t-il été lancé que l’opinion publique s’est montrée plutôt intéressée par ce thème de débat, mais qu’en même temps elle n’a jamais été dupe de ses finalités politiques. Fin octobre, les deux tiers des Français y voyaient une manœuvre destinée à « mobiliser les électeurs de droite en vue des élections régionales », proportion qui atteignait les trois-quarts fin novembre (BVA pour Canal +, puis IFOP pour le JDD). Aujourd’hui, une majorité absolue des Français pense qu’il faut suspendre ou arrêter définitivement ce débat, contre un tiers seulement (34%) qui souhaite le voir se poursuivre (CSA pour le Parisien)...
Comment en est-on arrivé là ? Il y avait déjà un pêché originel : la finalité électoraliste du débat qui n’échappait à personne. Il y avait aussi son étrange organisation autour des préfets, qui sentait fort le Second Empire. Dira-t-on que le débat lui-même, comme cela arrive parfois, est parti dans tous les sens ? Il n’est, hélas, parti que dans le sens où l’on pouvait craindre qu’il parte... Loin d’être analysée à la lumière des bouleversements qu’a connus et que continuera de connaître la société française, sous l’effet des crises, de la construction européenne et des pertes de souveraineté qu’elle entraîne, de la décentralisation, de la mondialisation, la question de l’identité nationale a semblé se réduire à celle de l’immigration, et plus précisément de l’immigration musulmane, voire de la confrontation entre l’occident chrétien et l’islam. Les dérapages caricaturaux n’ont pas manqué : du maire de Goussainville assurant « qu’on va se faire bouffer » par les « 10 millions que l’on paye à rien foutre », à un ancien Garde des Sceaux qui a tendance à voir des minarets partout... Cherchant à recadrer le débat au lendemain du calamiteux référendum suisse initié par l’extrême-droite locale, le Président de la République l’a lui-même enfermé dans le champ clos de l’immigration, des questions religieuses, et des relations entre ceux qui étaient là avant et de ceux qui arrivent après... Le Front National, dont ce débat était supposé capter l’électorat au profit de la droite républicaine, s’est engouffré avec délices dans le boulevard qui lui était ainsi offert, et tout indique qu’il peut retrouver des couleurs...
Dans ce contexte, poursuivre ce « grand débat » comme déclarent le souhaiter les pouvoirs publics, c’est, après avoir ouvert la boite de Pandore, penser qu’on pourra en revisser le couvercle le jour où on le voudra, et sans dégât aucun pour la République, L’histoire nous apprend qu’il s’agit probablement là d’une chimère. Il me semble préférable d’arrêter maintenant les frais au plus vite.
Lundi 14 décembre
Lumineuse, l’interview de Wassyla Tamzali dans « Le Monde » daté du 12 décembre. Cette avocate algérienne qui a été directrice des Droits des Femmes à l’Unesco, y commente son dernier livre, « Une femme en colère – Lettre d’Alger aux Européens désabusés » (Gallimard).
Comment ne pas se sentir en accord avec les propos de cette « féministe laïque », qui se rattachent à tant de nos combats : la lutte contre le racisme, le refus des discriminations à l’encontre des femmes, la défense sans relâche de la laïcité contre les intégrismes ? Il faut écouter cette voix qui, parlant du sud de la Méditerranée, nous dit : « Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un vaste chantier d’endoctrinement sur l’infériorité des femmes menés par des savants, par l’école, les télévisions par satellite, les cassettes audio, les prêches des mosquées, les milliers d’imams autodidactes, et des stars médiatiques. Alors quand ici, à Paris, on me parle de liberté et de choix de se voiler, je souris ». Cette voix qui, s’adressant aussi aux filles qui, en France, revendiquent le port du voile, explique simplement : « J’ai envie de leur dire qu’on ne peut pas exprimer sa liberté en se jetant pieds et poings liés dans une culture dont l’objectif est la domination des femmes ».
Vendredi 4 décembre
On peut penser ce que l’on voudra de la légitimité du « grand débat » sur l’identité nationale de la France lancé par les pouvoirs publics. Mais à tout le moins, on doit attendre de ceux qui ont choisi d’y participer qu’ils le fassent dans le respect des valeurs républicaines. Surtout s’ils sont eux-mêmes supposés les incarner.
Au journal télévisé de mardi 1er décembre, on découvre qu’à Verdun, en marge de la première réunion publique sur ce sujet, M. André Valentin, maire de Goussainville, a déclaré à propos de ce débat : « Je pense qu’il est plus qu’utile, qu’il est même indispensable. Et qu’il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer ». « Par qui, par quoi ? » demande le journaliste. Et l’élu de préciser : « Par qui, par quoi ? Il y en a déjà 10 millions. Ah, il faut bien réfléchir. 10 millions que l’on paye à rien foutre ».
Du Le Pen pur jus ? M. Valentin appartient, hélas, à un parti républicain.... Sinon par respect pour l’écharpe tricolore qu’il arbore, au moins par simple jugeotte, le maire en question devrait penser qu’il y a mieux à faire que d’explorer un baril de poudre à l’aide d’une allumette.
Jeudi 3 décembre
En Iran, au moins, la morale est sauve. Chargé par le Guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, de veiller au respect de la religion et de la moralité sur les 8 chaînes de la télévision d’Etat iranienne, Ezatollah Zarghami, chef de la télévision publique, vient d’y interdire le maquillage des femmes, car « illégal et contraire à la loi islamique ». Pour éviter tout dérapage, pardon, toute contamination, il a également recommandé que les femmes invitées à l’écran soient reçues par des femmes.
Autant qu’on le sache, l’interdiction du maquillage ne concerne pas les intervenants de sexe masculin, y compris le si brillamment réélu Mahmoud Ahmadinejad, grand habitué des plateaux.
Si la télévision publique iranienne dispose du monopole de la diffusion, son directeur général n’a hélas pas le monopole de la... disons stupidité, pour rester poli.
Lundi 30 novembre
Ainsi donc, en 2009, sortir dans les rues de Paris un soir de match de foot entre l’Algérie et l’Egypte peut vous valoir, pour peu que vous ayez le teint un peu sombre, de vous faire traiter de « sale arabe » par un CRS. Et encore, vous avez presque de la chance de vous en tirer avec une injure raciste, alors qu’autour de vous, des personnes sont bastonnées et humiliées, et des voitures reçoivent des coups de matraque de la part des « forces de l’ordre ».
Tout cela, qui s’est passé très loin du lieu où des casseurs attaquaient des vitrines ou des équipements publics, nous est rapporté par un jeune étudiant à Sciences-Po, d’origine marocaine. Parce qu’il est étudiant, parce qu’il est à Sciences-Po, parce qu’il a le courage de parler dans Libération sans recourir à l’anonymat, on l’écoute.
Comme toujours, la réalité de ses affirmations reste à démontrer. Comme toujours, il se trouvera des policiers pour les mettre en cause, voire peut-être des autorités pour poursuivre le malheureux garçon pour diffamation. Mais ces affirmations, d’où vient leur terrible, leur insupportable impression de vraisemblance ?
Il est vrai que, dans le même temps, le ministre des « forces de l’ordre » n’hésite pas à affirmer " Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". Il parlait, comme il n’a pas manqué de le dire et comme chacun l’a bien sûr compris, des Auvergnats. En quoi, du reste cela serait-il une circonstance atténuante ?
« Sale Arabe », « Sale Nègre », « Sale Juif » : jusqu’à quand devra-t-on entendre cela, qui plus est dans la bouche de représentants de la loi ?
Lundi 23 novembre
Le cinquième sommet de la FAO, consacré à la lutte contre la faim dans le monde, s’est déroulé à Rome dans le pessimisme et s’est achevé dans la désillusion. Les chefs de gouvernement et d’Etat des principaux pays, si prompts à s’afficher aux G8, G16 ou G20, l’avaient superbement ignoré, si l’on excepte un Sylvio Berlusconi qui trouvait dans cette réunion un prétexte providentiel pour ne pas déférer à la convocation d’un juge. Le dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe, interdit sur le sol de l’UE pour ses atteintes aux droits de l’Homme, et dont la politique incohérente a affamé son pays, était, lui, bien présent. Son collègue libyen Mouammar Kadhafi aussi, qui s’est livré, en marge du sommet, à une stupéfiante séance de prosélytisme islamique tarifé, auprès de centaines de jeunes italiennes recrutées en fonction de leur haute taille et de leur beauté...
Mais sur le fond du sujet – la faim dans le monde – le constat est amer. Les beaux engagements d’éradication de ce fléau, pris lors du sommet du Millénaire, semblent évanouis. Les désastres climatiques aggravent des situations déjà dramatiques. La flambée des matières premières a provoqué des émeutes l’an dernier dans une soixantaine de pays, et rien n’assure que la baisse actuelle des cours sera durable. Les sommes annoncées ne sont pas au rendez-vous, et, faute d’accord, le sommet s’est achevé sans date butoir ni chiffrage des investissements nécessaires.
En un mot, : depuis une quinzaine d’années, la faim progresse à nouveau plus qu’elle ne recule. Comme l’a rappelé Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, un enfant meurt de faim dans le monde toutes les 6 secondes : il en est mort plus de dix depuis que vous avez commencé à lire ce message...
Qu’est-ce que ce drame a à voir avec la LICRA, dont l’objet social n’est pas de lutter contre la faim, mais contre le racisme et l’antisémitisme ? Beaucoup, en vérité, tant les sujets sont imbriqués, interconnectés. La faim, comme l’absence d’accès à l’eau potable, exacerbe inéluctablement les tensions, l’agressivité, les conflits internes et internationaux : les périodes de famine ont toujours été propices au rejet des autres, à la recherche de boucs émissaires. Inextricablement mêlées, migrations climatiques et migrations de la faim donneront à ces chocs une dimension planétaire. Il serait illusoire de penser que l’on s’en sortira sans une intense coopération internationale, sans une solidarité effective, sans des efforts financiers conséquents en eux-mêmes, mais dérisoires par rapport aux sommes consacrées à l’armement. Détourner la tête de ce qui se passe à nos portes ne serait pas simplement choquant moralement, ce serait détourner la tête de l’avenir même de nos enfants.
Lundi 16 novembre
Chers Amis,
Notre Association se trouve aujourd'hui devant une situation complètement inédite et dont nous nous serions tous bien passés. Nous devons concilier deux aspects et tenir les deux bouts de la chaîne :
- D'un côté, nous avons nos statuts et sans eux la LICRA n'a plus de colonne vertébrale. Richard SERERO a eu raison de rappeler à leur respect.
- De l'autre, il est indéniable que Martine, Philippe et Alain sont des militants au dévouement incontestable qui occupent depuis longtemps des positions éminentes au sein de notre Association.
Pour ma part il est clair que je ne souhaite pas gagner une élection par défaut. Le débat entre plusieurs candidats nous est à tous très utile. Il faut donc que nos juristes - et nous n'en manquons pas - tentent de concilier le respect de nos statuts et la possibilité pour Martine, Philippe et Alain d'être candidats. A nos spécialistes du droit d'intervenir ainsi qu'à notre démocratie interne. J'apporterai mon soutien personnel à toute solution qui se dégagera collectivement et qui respectera ces points.
Jeudi 12 novembre
L’AFP nous apprend que le Hezbollah a décidé de censurer le « Journal » d’Anne Frank, dont un établissement privé de Beyrouth avait le front d’utiliser des extraits dans un manuel scolaire. Motifs allégués : se concentrant sur la persécution des Juifs, cet ouvrage contribuerait à "l'invasion sioniste de l'éducation" ; pire : "Ce qui est plus dangereux encore est la manière dramatique et théâtrale dont le journal est relaté, il est chargé d'émotion".
Les braves gens du Hezbollah ont mille fois raison : il faut protéger les jeunes esprits contre des ouvrages aussi pernicieux. Mais pourquoi ne vont-ils pas au bout de leur démarche ? Plutôt que d’interdire purement et simplement cette publication, ils seraient mieux inspirés d’en encourager une version hezbollitiquement correcte. Il suffirait de peu de choses : tenez, pour diminuer la dose de « sionisme », on pourrait décider que l’histoire ne se passe pas pendant la guerre, que la petite ne s’appelle pas Frank, et bien entendu que sa famille n’est pas juive. Et pour diminuer la dose d’émotion ? Rien de plus simple : on pourrait expliquer qu’Anne se cache dans un cagibi non pas des années et par peur des nazis, mais juste quelques heures, parce qu’elle craint de se faire gronder par sa mère pour avoir égaré son chat. Si le Hezbollah disposait d’une moderne Comtesse de Ségur, il pourrait faire des « Malheurs d’Anne » un récit désopilant...
Lundi 9 novembre
La France et le monde saluent à juste titre en Claude Lévi-Strauss, l’intellectuel étincelant, l’homme qui aura révolutionné l’anthropologie, le théoricien exigeant du structuralisme qui – dans le même temps - a su aussi se faire entendre du grand public grâce aux inoubliables « Tristes tropiques », l’homme à la fois de terrain et de pensée qui a bouleversé notre perception des « autres », tout particulièrement des peuples sans écriture que l’on baptisait « primitifs ».
A l’heure du souvenir, je voudrais pour ma part saluer en lui l’auteur de deux essais lumineux : « Race et Histoire », écrit à la demande de l’Unesco en 1952, et « Race et Culture », qu’il a précisé et complété quelques années plus tard.
Lévi-Strauss, qui fut révoqué de l’enseignement au titre des lois de Vichy contre la « race juive », démonte dans ces ouvrages l’ineptie de l’analyse des sociétés humaines en termes de races. Il donne ainsi à l’antiracisme, au-delà de la puissance morale et politique qui l’animait déjà, des fondements scientifiques incontestables. À l’heure où les colonies de l’Occident ébranlent le joug auquel elles sont encore soumises, il met à bas l’idée sous-jacente au colonialisme de la supériorité des dominants sur les dominés.
De cela aussi, nous sommes – nous particulièrement, à la LICRA – profondément redevables au géant qui vient de nous quitter.
Lundi 26 octobre
Nous voilà rassurés. M. Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Identité nationale et (ça ne s’invente pas) du Développement solidaire, nous fait savoir que les trois sans-papiers afghans, renvoyés dans leur pays à bord d’un charter franco-britannique, ne courent aucun risque particulier, la France ayant « préparé les conditions de leur réinstallation ». Accueillis à Kaboul par un agent français, installés à l’hôtel, déjeunant au restaurant : en quelque sorte des touristes, comme ces rescapés de l’Aquila qui, à en croire M. Berlusconi, devaient vivre leur hébergement sous des tentes "comme un week-end de camping ».
Il y a un petit détail : l’Afghanistan est un pays en guerre. Mais « venir d’un pays en guerre ne vaut pas titre de séjour », rappelle le ministre, qui souligne que ces trois Afghans sont originaires de zones parmi « les moins insécurisées » du pays. Moins en danger, en quelque sorte, que dans la « jungle » de Calais...
On croit rêver. Quelles sont les zones sûres dans un pays en guerre, dont la capitale elle-même vit au rythme des attentats, et où les enlèvements sont une industrie nationale ? Monsieur Besson, ou bien vous ou moi, pourrait-il se rendre dans ce pays, sans prendre d’extrêmes précautions, et s’entourer de gardes du corps ? Un des jeunes Afghans « charterisé « par les soins de M.Besson s’exprimait, en larmes, devant un reporter de la télévision française : il ne peut rentrer dans son village, et n’a qu’une hâte : revenir en Europe au plus vite…
On a l’impression qu’en ajoutant trois Afghans cueillis sur notre sol à plus de vingt expulsés par les autorités britanniques, le ministre teste la faisabilité de l’opération auprès de l’opinion publique : si celle-ci était indifférente à des expulsions à dose homéopathique, on pourra passer aux doses allopathiques.
Fort heureusement, les réactions – y compris d’élus de la majorité – sont nombreuses et choquées, parfois scandalisées. La question des sans-papiers est, certes, sérieuse. Mais celle de la dignité de notre pays l’est tout autant.
Mercredi 21 octobre
Le Conseil constitutionnel a censuré il y a quelques jours deux articles d'une loi sur le financement des PME, dont l'un prévoyait une disposition en faveur de la "finance islamique", a-t-il annoncé dans un communiqué.
Le Conseil constitutionnel avait été saisi par des députés PS qui invoquaient l'inconstitutionnalité des deux articles de la loi adoptée en septembre au Parlement, dont l'article 16 sur la finance islamique, car, selon eux, "dépourvus de tout lien avec l'objet du texte".
Le Conseil constitutionnel leur a donné raison, en estimant que l'article était "sans lien avec l'objet initial de la proposition de loi qui tendait à favoriser l'accès au crédit des petites et moyennes entreprises".
Le Sénat avait inséré dans le texte de la proposition de loi déposée par la députée UMP Chantal BRUNEL un amendement introduisant des principes de la finance islamique en droit français.
Cette disposition sur le régime de la fiducie (transfert temporaire de propriété) devait permettre "aux détenteurs de sukuks, c'est-à-dire d'obligations conformes au principe de la finance dite islamique, de pouvoir se prévaloir d'un droit de propriété des actifs supports afin d'être en conformité avec les principes éthiques de loi musulmane ou charia", avait déclaré Mme BRUNEL en commission.
Dans son communiqué, le Conseil constitutionnel souligne que les requérants ont contesté ces dispositions "non sur le fond, mais en raison de la procédure suivie au Parlement".
Cela implique donc de rester très vigilant : on peut chasser par la porte des articles de loi tirés de la charia, mais ils peuvent réapparaître par la fenêtre... Affaire à suivre donc de près dans les semaines ou mois à venir.
Mardi 13 octobre
Interviewé avant son premier discours à l'ONU, le nouveau Président de l'Assemblée Générale de l'ONU, M. TREKI, représentant de la Libye, a déclaré : "n'être personnellement pas en faveur" de la Déclaration de dépénalisation de l'homosexualité signée par 66 pays et lue par le représentant Argentin, le 18 décembre dernier.
Il a ajouté que "la Déclaration n'était pas acceptable pour la majorité du monde" et que "certains pays l'ont autorisée pensant faire preuve d'une sorte de démocratie".
Que de tels propos puissent être tenus par le président de l'Assemblée des Nations Unies est très inquiétant. On n'attendait certes rien de la Libye en ce domaine comme dans tous ceux qui relèvent des droits de l'homme, mais on sait qu'ils sont le reflet de l'attitude de la plupart des Etats musulmans et de quelques autres ( dont, jusqu'à un certain point, le Vatican ). L'homophobie, que nous devons combattre avec fermeté, est la chose du monde la mieux répandue en terre d'islam, mais pas uniquement : la polémique lancée par Marine Le Pen à l'encontre de Fredéric Mitterrand - et malencontreusement reprise par des responsables socialistes - va dans le même sens que la déclaration de M. TREKI : le refus de la différence d'orientation sexuelle et de la liberté qui doit exister entre adultes consentants. 66 pays en faveur de cette liberté, cela ne fait qu'un tiers des Etats de la planète. Il est long le chemin à parcourir...
Mardi 29 septembre
Eric BESSON joue les docteur Jekyll et Mr Hyde. D'un côté il affirme que la loi mettant en oeuvre de tests ADN dans le cadre du regroupement familial ne sera pas appliquée. Cela ne peut que nous réjouir, même si cette déclaration est juridiquement contestable (ce n'est pas à un ministre de décider si on applique ou non une loi votée) : nous nous sommes en effet, à la LICRA, toujours opposés à ces tests qui sont quasiment impraticables et moralement injustifiés. Mr. Hyde, quant à lui, procède médiatiquement à l'évacuation de la "jungle" de Calais. L'opération n'est que de communication, puisque beaucoup de ceux qui désiraient passer en Angleterre sont déjà revenus quelques jours après. Il s'agit donc d'un coup d'épée dans l'eau qui n'a d'autre but que de montrer que le gouvernement agit en matière de lutte contre l'immigration clandestine. C'est là une opération détestable dans la mesure où elle provoque une souffrance supplémentaire uniquement dans un but politique et ne règle en rien le difficile problème de l'immigration.
Derrière Dr. Jekyll et Mr. Hyde il y avait cependant un auteur : Robert-Louis Stevenson, alors que, au-delà des deux visages d'Eric Besson on retrouve un seul homme : Nicolas Sarkozy, conscient que les tests ADN choquaient une partie de l'opinion pour un effet concret nul, mais qui veut toujours marquer une attitude ferme sur les problèmes d'immigration. On peut préférer en ce domaine le livre de l'auteur britannique...
Dans un monde où les bonnes nouvelles sont rares, il ne faut pas bouder son plaisir quand on en trouve une : la défaite de Farouk HOSNI à l'élection pour le poste de Directeur Général de l'UNESCO est incontestablement à ranger dans la catégorie des informations heureuses. On ne peut en effet que se réjouir de voir battu un homme qui a multiplié les déclarations non seulement anti-Israéliennes mais quasiment antisémites, et qui a censuré sans cesse les intellectuels égyptiens indépendants. Bien évidemment, une fois battu par la candidate bulgare Irina Bokova, M. Hosni n'a rien trouvé de mieux que de s'en prendre non seulement aux Israéliens mais aux Juifs qui seraient la cause de sa défaite. On trouve là l'illustration classique du mode paranoiaque de fonctionnement de l'antisémitisme : tout ce qui arrive c'est la faute des juifs donc j'ai de bonnes raison de les détester.
Il est tout de même heureux de voir qu'un organisme comme l'UNESCO qui, dans les années 70, s'était malencontreusement illustré par des condamnations de la politique israélienne dans le domaine culturel, retrouver sa vocation première qui est celle de développer la culture et l'éducation sur toute la planète. On voit mal comment un individu qui voulait brûler les livres pouvait se retrouver à la tête d'une telle organisation... On peut regretter que le monde arabo-musulman, l'Egypte en tête, ait choisi un tel candidat. La vraie culture arabo-musulmane, celle par exemple du prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, vaut mieux que ce triste personnage. Ce sera sans doute pour une prochaine fois... En attendant souhaitons bon vent à Mme Irina Bokova qui a bénéficié du soutien de la quasi totalité des pays européens après le retrait de la candidature de Madame Ferrero- Waldner, ainsi que de l'appui discret mais réel des Etats-Unis. Quant à la France le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle a été partagée entre un Henri Guaino qui a sans doute écrit les "excuses" de Farouk Hosni dans le Monde, et un Bernard Kouchner visiblement opposé à cette candidature. Finalement, après hésitations, c'est peut-être la voix de la France qui a permis à Mme Bokova de l'emporter. Comme quoi décidément rien n'est jamais perdu...
Le racisme au quotidien continue à faire des ravages. Il suffit de lire le papier de Mustapha Kessous dans le Monde daté du 24 septembre pour s'en apercevoir.
Ce journaliste qui écrit fort bien, ne cesse, compte tenu de son patronyme, d'être renvoyé à ses origines, qu'il s'agisse pour lui de trouver un logement, d'entrer dans une boîte de nuit ou même d'exercer son métier ; c'est ainsi, alors qu'il se présente dans une salle d'audience pour un procès, que le policier de faction lui demande "vous êtes le prévenu ?", ce qui en dit long sur le chemin qu'il reste à parcourir pour une intégration efficace.
De la même façon on ne peut qu'être choqué par les brimades subies depuis des années par six gendarmes d'origine africaine ou maghrébine qui se font traiter de "bougnoules" ou de "nègres" par leur capitaine dont l'humour semble très personnel ("tiens, un arabe qui travaille, c'est original"). Ces six gendarmes ont saisi avec raison la HALDE et leur hiérarchie semble être intervenue avec efficacité puisque semble-t-il le capitaine a été muté d'office. Il n'en est pas moins rageant de voir que l'armée qui reste, malgré la suppression du service militaire, un des plus importants moyens d'intégration dans notre pays, ne réussit pas à éradiquer ce fléau qu'est le racisme de tous les jours. La LICRA n'est pas près d'être au chômage...
Mardi 15 septembre
Comme vous le savez sans doute une délégation de la LICRA, présidée par Patrick GAUBERT et composée de Richard SERERO, Christian CHARRIERE BOURNAZEL, Roger BENGUIGUI et moi-même, est allée rencontrer dimanche Brice HORTEFEUX place Beauvau.
Chacun peut penser ce qu'il veut des propos du Ministre de l'intérieur et les comprendre comme il l'entend. Ce qui m'a frappé, au-delà de la polémique née de ces quelques phrases qui peuvent prêter largement à interprétation, c'est qu'on n'a pas pris assez garde aux remarques des militants de l'UMP qui entouraient le jeune homme et le ministre : "lui il mange du cochon et il boit de la bière". Ces quelques mots marqués par une "beaufitude" sans nom sont parfaitement explicites et dénotent un racisme latent : l'autre n'est accepté que s'il devient semblable.
L'intégration que nous souhaitons à la LICRA n'est pas celle-là. On peut être un bon citoyen français sans manger du porc ni boire de l'alcool. Il faut apprendre aux militants des partis républicains ce qu'est réellement l'intégration, la tolérance et le respect d'autrui. C'est dans ce sens que la proposition de Richard SERERO, de mettre en place une formation qui sera proposée aux grandes organisations politiques, est la bonne. Cette proposition j'espère que le prochain Président de la LICRA, quel qu'il soit, la mettra en oeuvre. En ce qui me concerne, je m'y engage d'ores et déjà. Il ne suffit pas d'être UMP, MODEM ou PS pour être ipso facto exempt de toute tentation raciste. Le travail d'éducation que nous avons fourni depuis de longues années doit être encore largement amplifié pour que l'on entende plus à l'avenir de tels propos.
Jeudi 3 septembre
Selon un article du Monde daté du dimanche 30 - lundi 31 août, MADONNA a été huée à Bucarest pour avoir fait monter sur scène un groupe de musiciens Roms et avoir parler de tolérance en ce qui les concerne.
Compte tenu de ce que l'on sait de la situation des Roms en Roumanie, en Hongrie ou en Slovaquie, pays où ils sont nombreux, ce fait divers n'a rien de surprenant. La situation des Roms n'en est pas moins scandaleuse tant ils sont méprisés et discriminés, et pas seulement dans les pays d'Europe Centrale.
En France les communes ne respectent pas toujours leurs obligations à leur égard, et les terrains qui doivent être mis à leur disposition sont souvent inexistants, ou bien non équipés. Lorsqu'il y a un incident dans lequel des Roms sont impliqués, nos journaux écrits ou télévisés ne manquent pas de mettre en avant qu'il s'agit de "gens du voyage", histoire de bien entretenir le racisme à leur égard.
Quant au Préfet GIROT de LANGLADE qui vient d'être suspendu, on se rappelle qu'il y a quelques années il s'était déjà distingué par ses propos contre "ces gens là qui roulent en Mercedes"...
En France aussi le racisme anti-Roms existe et cela doit être un des axes de combat de la LICRA car il s'agit d'une population de condition sociale le plus souvent modeste, qui n'a guère accès aux media et qui donc a besoin de notre aide pour se défendre.
Mardi 24 août 2009
Je rentre de mes vacances en Israël. Au-delà des clichés de cartes postales bien connus (soleil, chaleur, plages bondées, même si les touristes sont venus moins nombreux en raison de la crise économique), quelques considérations s’imposent :
- Sur le plan politique, tout le monde attend les décisions du Président OBAMA concernant le gel de la colonisation et le processus de paix, avec des sentiments mélangés : certains les espèrent, d’autres le craignent. L’essentiel de la vie politique israélienne tourne aujourd’hui autour de cela.
- La société israélienne bouge et de manière souvent contradictoire : fin juillet un attentat a été commis contre le centre homosexuel de Tel Aviv faisant plusieurs victimes. La réaction des hommes politiques de tous bords (y compris des partis religieux) a montré en revanche que cette homophobie criminelle ne reçoit aucun soutien. La visite de Shimon PERES à ce centre après l’attentat ou les déclarations de Benyamin NETANYAHOU et Tzipi LIVNI ne laissent aucun doute à ce sujet. Le fait mérite d’être sérieusement noté.
- Les relations entre laïcs et religieux sont toujours tendues : à Jérusalem des bagarres éclatent chaque semaine autour d’un parking ouvert le samedi et installé près d’un quartier religieux. Cet abcès de fixation montre que les tensions sont permanentes entre ces fractions de la société israélienne, et elles ne sont pas près de s’éteindre.
- Israël n’est pas exempt de racisme et la presse est pleine d’articles sur la vie difficile que connaissent les Falashas arrivés pourtant d’Ethiopie depuis plus de vingt ans. Cela prouve bien que le combat contre le racisme se doit d’être permanent et universel.
Si on ajoute à cela la présence de bandes criminelles organisées tant dans la population juive qu’arabe, le tableau pourrait apparaitre bien sombre ; pourtant la société israélienne est pleine de vitalité, d’énergie et de joie de vivre. Celle-ci est peut-être un peu factice compte tenu de la complexité de la situation géopolitique et des menaces (l’Iran préoccupe la population) mais elle n’en est pas moins réelle. Israël reste un pays dynamique en pointe en matière d’informatique et de biotechnologie et malgré ses faiblesses, semble capable d’affronter l’avenir.